Chapitre I :
Dans les premières lueurs de l'aube, les mouettes se découpaient dans le ciel orangé parsemé de nuages blancs vaporeux.
Le soleil montait dans l'azur et devenait agressif à rendre fou.
Elle titubait sur les cailloux affilés, gras d'algues. Une mèche brune tomba sur son front. Elle leva les yeux vers elle... dire qu'elle avait passé plus d'une heure à se faire un chignon original. Il n'en restait qu'un fouillis désordonné et collant de sueur.
Elle n'arrivait plus à se concentrer. Son enlèvement et sa séquestration avaient diminué ses facultés physiques et intellectuelles.
Dans l'immédiat, elle luttait.
Depuis 50 heures, son savoir et son instinct travaillaient pour sa survie. Elle errait sur cet atoll diabolique, servant de gibier humain à un homme fanatique et puissant. Elle n'avait pu que réunir très peu d'éléments sur ce monstre opiniâtre, mais elle savait déjà ce qui l'attendait.
Quelle idiote avait-elle été d'avoir voulu faire cavalier seul. C'était dans ses habitudes. Son contact somalien ne lui était d'aucun secours et ne pouvait remonter à elle, prisonnière sur cette île quasi déserte, hostile et infernale.
Il fallait absolument qu'elle transmette les renseignements recueillis suite à son enquête malheureuse.
Le plus drôle, dans tout ça... c'est qu'elle avait gardé son sac à main (réflexe féminin sans doute). Elle allait lui servir au moins... cette petite pochette de cuir bleu assorti à ses vêtements. L'ouvrant, elle prit son carnet d'adresses accompagné d'un minuscule crayon de bois et fit un rapport détaillé relatif à ses observations. Elle inscrivit son nom et celui de l'hôtel à Mogadiscio en Somalie. De son ensemble Cacharel de soie bleutée en lambeaux, elle déchira une pièce de tissu rougeâtre. Cette tâche gluante et épaisse prouverait son identité et alerterait qui de droit.
Puis longeant la plage sablée parsemée de rochers, elle trouva parmi les déchets que rejette la mer, une petite bouteille de plastique. Elle y mis son rapport et le tissu bleu ensanglanté. Refermant le bouchon à l'aide de son dernier chewing-gum, il n'avait plus de goût car elle l'avait mâchouillé jusqu'à récupérer tout le sucre, mais au moins il avait encore le pouvoir de coller pour fermer la bouteille.
La veille, elle avait repéré une différence de couleur de la mer, une zone plus foncée où l'eau devenait indigo, un courant qui porterait la bouteille vers le large, l'amenant prés de la côte somalienne. Elle la lança avec force, priant pour que son collègue puisse, via un plagiste ou autre, éventuellement la récupérer, sinon tout serait vain. Le monde en dépendait.
De toute façon, elle ne serait plus qu'un souvenir quand il la réceptionnerait. Elle avait perdu beaucoup de trop sang de sa blessure à la jambe (faite la veille par une balle d'un de ses traqueurs). Malgré son pansement de fortune, une auréole vermillon s'agrandissait lentement et sa jambe devenait lourde... très lourde. Elle s'engourdissait et la gênait pour avancer. Sa respiration devenait de plus en plus oppressante et difficile... ses forces l'abandonnaient.
Son traqueur et ses sbires se rapprochaient. Elle les sentait et savait qu'il n'y avait plus d'issue. Elle ne leur laisserait pas l'ultime plaisir d'abattre le gibier......
" Pas de trophée ! ! " ironisa-t-elle,
Se résignant dans un dernier effort, elle entra dans l'eau chaude et salée. Un bien-être l'envahit et s'instaura en elle-même.
Elle savoura ces précieux instants, se laissa dériver doucement avec béatitude.
Progressivement, elle coula paisiblement, détruisant le miroitement des eaux tranquilles bleues turquoises.
C'était la fin.
Si ça vous plaît, peut-être j'écrirais un autre chapitre....laissez des commentaires !